L'État et le conseil régional de Bretagne, membres fondateurs du groupement d'intérêt public Bretagne environnement
http://www.eaubretagne.fr/Pollutions-et-menaces/Les-polluants/Le-phosphore/Le-phosphore-n-est-pas-directement-nefaste-pour-l-homme
Rédigé par :
Chloë Fromange (GIPBE)
En collaboration avec :
Anne-marie Ropert
, Vincent De Barmon
(Dreal Bretagne)
,
Bernard Guizard
(Sgar)
,
Pierre Aurousseau
(Agrocampus Ouest)
,
Thierry Panaget
(ARS Bretagne)
Sous les formes habituellement rencontrées dans l'environnement, le phosphore n'est pas toxique. En fait, c'est sa présence excessive qui entraîne des effets néfastes sur l'environnement et indirectement sur l'homme.
L'enrichissement excessif des eaux en phosphate provoque l' eutrophisation des eaux concernées. Cette eutrophisation se manifeste par une prolifération des algues et des herbiers, dans des zones où d'autres facteurs (température, éclairement, vitesse, nutriments) ne limitent pas le développement végétal. Ces conditions sont généralement réunies dans les plans d'eau et cours d'eau très lents (canaux, biefs).
En Bretagne, l'enrichissement en matières nutritives azotées et phosphorées des eaux s'exprime par des proliférations de phytoplanctons. Cette situation peut avoir des effets importants sur l'environnement comme la baisse de l'oxygène dissous, la modification de la couleur de l'eau et le dégagement d'odeurs désagréables lors de la décomposition de ces micro-organismes. Les cyanobactéries, par exemple, peuvent également libérer des toxines qui sont nocives pour les mammifères et l'homme en particulier. Cela peut avoir des conséquences sur les usages de l'eau (baignades, activités nautiques, potabilisation) et sur l'économie locale.
En milieu côtier, le stockage de phosphore dans les sédiments estuariens rend cet élément nutritif disponible pour la production végétale (phytoplancton, algues). Il participe à leur prolifération ( algues vertes et blooms phytoplanctoniques). Même si l'azote, et non le phosphore, est l'élément déterminant pour la prolifération des algues vertes en Bretagne, cette modification de l'équilibre biologique du milieu a des conséquences sur l'écologie aquatique. L'eutrophisation des eaux côtières peut entraîner des phénomènes d'hypoxie ou anoxie, c'est-à-dire un manque ou une absence d'oxygène dissous dans l'eau à cause de sa consommation accrue par les bactéries aérobies qui décomposent les végétaux morts.
Concernant les effets sur la santé humaine, le phosphore ne constitue pas une menace directe aux doses et sous les formes rencontrées dans les eaux de boisson provenant du réseau d'eau potable. Il ne présente aucune toxicité et est essentiel dans l'alimentation humaine.
Cependant, l'excès de phosphore favorise la prolifération de cyanobactéries dans les plans d'eau. Ces dernières présentent une réelle menace sur le plan sanitaire :
- certaines cyanobactéries produisent des toxines qui peuvent agir sur le foie (hépatotoxines), sur les cellules nerveuses (neurotoxines) ou les cellules de la peau (dermatotoxines). Ainsi, leur présence engendre des risques sanitaires lors des activités aquatiques par contact, ingestion ou inhalation. La campagne de surveillance 2004 effectuée par les Directions départementales des affaires sanitaires et sociales sur 32 sites sensibles à l'eutrophisation révèle la présence de cyanobactéries sur 27 sites et de toxine Microcystine-LR sur 16 sites dont 2 dépassant le seuil d'action de 25 μg/l. Sur 19 sites, un arrêté municipal a été pris pour limiter ou interdire la baignade et les loisirs nautiques.
- par leur masse, les cyanobactéries peuvent entraîner des problèmes de gestion du traitement de l'eau pour sa potabilisation (perturbation des filtrations). De plus, les toxines, peuvent déjà être présentes dans les eaux brutes ou être libérées lors du traitement de potabilisation de l'eau. Cependant, même si elles ne sont pas éliminées par les traitements physico-chimiques conventionnels (coagulation, floculation, décantation, filtration), elles réagissent aux traitements par oxydation (ozonation, chloration) et par l'emploi de charbon actif. En Bretagne, durant les saisons 2004 et 2005, la Microcystine-LR (hépatotoxine) était présente dans à peu près la moitié des sites de prélèvements d'eau pour la production d'eau potable et les analyses réalisées sur les eaux traitées n'ont révélé aucun dépassement de la limite réglementaire pour cette toxine durant cette période.
